Comme vous toutes, je vis dans les derniers jours de la colère, de l’humiliation, du découragement, mais aussi de la force extraordinaire de nous voir rugir. Mais voilà que d’autres débats surgissent en trame de fond, des débats qui m’épuisent, qui me font sentir comme une outsider au mouvement, comme une féministe plus que frustrée. Ça l’air que maintenant on ne peut plus parler de l’industrie du sexe dans une mobilisation contre les violences sexuelles.

Pourtant, comment ne pas en parler de l’industrie du sexe dans ce contexte? Déjà qu’il y a des journalistes qui fouillent dans la vie d’Alice, qui disent qu’elle aurait peut-être travaillé dans l’industrie du sexe au moment des faits. Moi ça m’a juste frappé tellement c’était clair, comment en mobilisant ces arguments ces journalistes nous révélaient la nature de cette industrie. Ils essaient d’insinuer par là que ces agressions n’en sont pas réellement, parce que le bonhomme aurait payé pour ça tsé. Ah, c’est donc ça que les hommes s’imaginent. Que quand tu paies, t’as le pouvoir, t’as le contrôle, t’as le droit d’user de la sexualité et du corps d’une femme comme tu le souhaites?

Il est plus que nécessaire de faire entendre une voie radicale dans tout ce tumulte. Sans oui, c’est non? Qu’est-ce qui se passe quand je dis oui, mais que je pense non? Parce que si je disais non, j’allais me mettre économiquement dans marde. Parce que si je disais non, j’allais endurer des pleurs et devoir jouer au psy au lieu de la pute. Parce que si je disais non, je n’aurais pas obtenu ses faveurs, pis il m’aurait jamais donné accès au boys club. Je ne nie pas ici l’importance du consentement, mais celui-ci a ses limites. Pourquoi donc on a de la criss de difficulté à dire non, à prendre nos jambes à notre cou? Peut-être ben parce qu’on a parfois pas le pouvoir de le faire, parce qu’on a appris à ouvrir les jambes pour survivre. Mais non, c’est pas notre osti de job de vous écouter vous lamenter, de vous torcher pis de vous faire sentir fort. On est tannée en criss que vous mettiez vos queues partout.

Pis moi je suis tannée en criss qu’il y ait des féministes qui défendent les clients et les proxénètes. Ces clients qui pensent que parce qu’ils paient, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Cette porno qui nous humilie, nous objectifie et nous crache dans la face. Comment ne pas faire le lien, alors qu’on a souvent accepté de faire des choses humiliantes et violentes au lit pour ne pas lui casser les couilles? Comment ne pas faire le lien, alors que nous sommes plusieurs à s’être senties forcées à avoir une relation sexuelle alors qu’il nous avait payé un verre? Non, on ne peut pas dénoncer la culture du viol sans dénoncer l’industrie du sexe qui la reproduit, cette culture. Alors non, je ne vais pas rester silencieuse, et j’espère que mes camarades non plus.

«Grève des femmes,
pour ne plus être exploitées par les hommes :
arrêtons de leur sourire, de les servir, de les reproduire, de les faire jouir ;
prenons notre vie et nos désirs en main, construisons nos lendemains.»

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